by Jean Bruno Ngouflo, 1 June 2017
__French version below__

This is the narrative of an ethnographic research mission carried out in October 2016 in the district of Bria, located 600 km away from Bangui, the capital city of the Central African Republic. For over two decades, the country experienced a very dark history marked by the March 2013 military coup that took the Seleka rebel movement to power. The extremely violent intercommunity conflicts that followed forced President DJOTODIA out of power at the 9 January 2014 summit in N’Djamena. A transitional regime led by President Catherine SAMBA-PANZA was put in place. In February 2016, a new President, Pr François Archange TOUADERA was elected. These political stabilization and peace consolidation efforts notwithstanding, it is a pity that most regions are still under the control of the armed groups (Antibalaka and ex-Seleka).

This is the context in which I considered carrying out an ethnographic study on the historical and political dynamics in the area and the challenges of the youth involved in the armed conflict in the city of Bria. As soon as I arrived in the area on 28 September 2016, I discovered Bria, a « glittering » and wonderful city, where all the communities (Christians and Muslims) live together in harmony. The presence of the international forces of MINUSCA and the return of the decentralized services of the State and the NGOs gave a sense of security. However, I also found out that the city had invisible, community borders: the former Seleka fighters from the Goula/Rounga ethnic group had settled at the centre of the city and around the Birao road, the Christians at the centre-north, and the Fulanis on the banks of the Kotto.

The community radio « La voix de BARAGBAKE 100.1» remains the main source of information for the population, even though it broadcasts only from 6 pm to 8 pm. In addition to the radio, I found out that the rumours are an alternative source of information for the population. They are behind the alteration of social cohesion, and are creating tensions in social relations and are fostering identity closure. They foreshadow both happy and evil events in the region.

I was walking one evening when I witnessed around 6 pm a young man telling hurriedly to a local authority (in this case the mayor of the city) that many armed former Seleka fighters of the FPRC, and Fulanis of the UPC, had reportedly infiltrated the city. As a result, fighting was imminent that night between the armed groups on the ground. He invited us to return home quickly and take measures against any eventuality. Without waiting, I set out for the home of my host. On our way home, we met the police captain of the town in “disguised” clothing who informed us about the situation. He confirmed that the rumours were probably the truth as the prefect of the city had received the same information. He advised us to be vigilant. When I got back home, my host asked me to change my room against another one in the house. It was just for my own security. With fear in my heart, I spent an almost sleepless night until I saw the twilight of the morning.

At the entrance of the neighbourhood where we live, groups of young people were keeping guard. They are responsible for security, alerting their relatives in the event of attacks. Through these groups of young people, rumours go from house to house, from neighbourhood to neighbourhood, arousing tensions across the city. The next day, panic sets in, a general state of psychosis provokes a climate of fear and intercommunity mistrust. Some Christian inhabitants began to leave the Fulani district not far from where we lived, in order to take shelter in case of fighting. When I walked in the streets to get more insight into what was happening, I saw young people in small groups gathered either around local bars or “gargotes” (cheap restaurants), trying to entertain themselves and to enjoy the meals. I could read on their faces feelings of anguish and exasperation of an uncertain future.

Despite these rumours of clashes in the city, life continued its course throughout all my stay in Bria. Fortunately for me, the attack did not take place until my departure from the region.

In this region virtually abandoned by the State, the youth are particularly affected by the deadly violence provoked by the armed conflict in the city of Bria from 2011-2012 to now. Everybody is struggling to see the next day. In this part of the Central African Republic, peace rhymes with terror and insecurity. Is this not enough proof that the city of Bria is getting bogged down in a dynamic of virtual and uninterrupted conflict? How to get out of this cycle of continuous violence that gives satisfaction only to those who are holding the weapons? What future for the children and youth of this region confronted with the disastrous consequences of the never ending conflict?

These questions should make all of us think: we citizens of the Central African Republic, all Africans or yet all the citizens of the world. Because peace has a higher price than war and the youth are the building hands of a nation, let us act to save the “youth” in the Central African Republic.

 

City hall of Bria, 3 October 2016

RCA: la diffusion des rumeurs rythme le quotidien des jeunes de la ville de BRIA en proie à des conflits armés

Je vous raconte une expérience ethnographique de mission de recherche menée en Octobre 2016 dans la commune de Bria, située à 600KM de Bangui, capitale de la République Centrafricaine. Le pays a traversé durant plus de deux décennies une histoire très sombre marquée par la prise du pouvoir de la rébellion Séléka en Mars 2013. Confrontés à des violences d’une extrême gravité de nature intercommunautaire, le président DJOTODJA est contraint de quitter le pouvoir lors du sommet de Ndjaména le 9 Janvier 2014. Un régime de transition fut mis en place et conduit par la présidente Catherine SAMBA-PANZA. En Février 2016, le nouveau président Pr François Archange TOUADERA sera élu à la tête du pays.  Malgré cet effort de stabilisation politique  et de consolidation de la paix dans le pays, on regrette le fait que la majeure partie des régions de province est contrôlée par les groupes armés (Antibalaka et ex-Séléka).

C’est dans ce contexte que j’ai envisagé de réaliser une étude ethnographique sur les dynamiques historico-politiques locaux et les enjeux de l’implication de jeunes dans les conflits armés dans la ville de Bria. Dès notre arrivée dans la zone le 28 septembre 2016, je découvre Bria une ville « scintillante », merveilleuse où toutes les communautés (chrétienne et musulmane) cohabitent et vivent ensemble. La présence des forces internationales de la MINUSCA laisse entrevoir une légère garantie de sécurité ainsi que les services décentralisés de l’Etat et des ONGs qui ont ouvert leur porte. Toutefois, j’ai su que la ville disposait aussi de frontières invisibles et communautaires : les combattants d’ex-séléka d`ethnie Goula/Rounga sont installés au centre de la ville et sur l’axe Birao, au centre-nord la population chrétienne, les Peuls installés aux environs de la rive de la Kotto.

La radio communautaire dénommée « La voix de BARAGBAKE  100.1» demeure le principal moyen d’information des populations bien que celle-ci n’émet qu’à partir de 18h à 20 h.  En dehors de la radio, je découvre que les rumeurs demeurent une alternative de diffusion des informations au sein des populations. Ces rumeurs sont à l’origine de phénomène d’altération de la cohésion sociale, et entrainent la crispation dans les relations sociales et des attitudes repli-identitaire. Ils sont annonciateurs des événements soit bénéfiques ou maléfiques dans la région.

Dans une promenade le soir vers 18 heures, un jeune homme annonce précipitamment à une autorité locale (en l`occurrence le Maire de la ville) en ma présence qu’on aurait signalé l’infiltration massive dans la ville de certains combattants armés d’ex-Séléka  du FPRC et Peuls de l`UPC. Par conséquent il y aurait cette nuit un risque d`affrontement imminent entre les groupes armés en présence. Il nous invite à retourner promptement à la maison en vue de prendre des précautions contre toute éventualité. Sans attendre, nous nous mettions sur la route vers le domicile de l`autorité qui m`a hébergé. Au cours du chemin, nous rencontrâmes le commissaire de la ville  en tenue « déguisée »  qui nous briffa de la situation. Le commissaire confirme que les rumeurs seraient une réalité puisque selon lui le préfet de la ville aurait reçu les mêmes informations. Il nous conseillent à doubler la vigilance. Arrivée à la maison, mon hôte me demande de quitter ma chambre pour un autre toit au sein de la même cours. C`était juste une stratégie de dissimulation et de securité. Gagné par la peur, je passa une nuit presque « blanche » jusqu`à ce que j`eusse vu le crépuscule du matin.

A l`entrée du quartier ou nous habitons, sont postés des groupes de jeunes dits de surveillance. Ils sont chargés de veiller à la securité, à alerter leurs proches en cas d`attaques. Par l`intermédiaire de ces groupes de jeunes, les rumeurs gagnent maison par maison, quartier par quartier et la ville toute entière est en tension. Le lendemain, la panique s’installe, une psychose généralisée induit un climat de peur et de méfiance intercommunautaire. Certains habitants d’obédience chrétienne commencent à quitter le quartier peul  non loin de notre résidence afin de se mettre à l’abri en cas de combat. Quand j’ai sillonné certaines rues pour m`imprégner de plus sur ce qui se passe, j`observe les jeunes par petits groupes réunis soit autour de lieux de boisson ou  soit de « gargotes » pour se divertir et déguster les repas. Je lisais sur leur visage et les lèvres de sentiments/discours d’angoisse et d’exaspération d’un lendemain incertain.

Malgré ces rumeurs d`affrontements dans la ville,  la vie a continué son cours durant tout mon séjour a Bria. Heureusement pour moi, l`attaque n`eut pas lieu jusqu`à mon départ de la région.

Dans une région presque délaissée par l’Etat, la jeunesse est particulièrement affectée par les violences meurtrières dues aux conflits armés des années 2011-2012  à nos jours dans la ville de Bria.  Chacun se bat pour survivre au quotidien. Dans cette contrée de la RCA la paix rime avec la terreur et l’insécurité. Cela montre que la ville de Bria ne s’embourbe-t-il pas dans une dynamique de conflit virtuel et ininterrompu ? Comment sortir de ce cycle de violence continu qui ne satisfait que ceux qui détiennent les armes ? Quelles perspectives d’avenir pour les enfants et les jeunes de cette région confrontés aux désastres du conflit qui est loin de prendre fin ?

Ces questions nous interpellent tous centrafricains, et africains ou encore tout habitant de la planète car la paix a un grand prix que la guerre, la jeunesse est la main bâtissant d’une nation. Agissons pour sauver la vie des « jeunes » en Centrafrique.